Julian Assange : La presse craint-elle les féministes ?

Céline Wagner
Quand on parle indépendance de la presse on pense d'abord à sa dépendance financière aux grandes fortunes et aux lobbies. Aujourd'hui pourtant, devant l'accumulation des procédures abusives dans le périple judiciaire de Julian Assange, il y a de quoi s'étonner chaque jour du silence de la presse, y compris hexagonale. Parmi les oublis par omission, on trouve celui-ci particulièrement récurrent : la communication systématique autour des plaintes pour viol contre Assange malgré l'absence de faits ;  au point de se demander - quitte à prendre un déluge d'injures, car il faut bien le prendre ce risque de temps en temps - si la presse ne préfère pas affronter la DGSI que la vague #metoo. 
Traduisant le texte qui suit, mon intention n'était pas de poser la question, mais devant la mauvaise foi assumée de cet articlecomment faire autrement ?
Il n'est pas nécessaire de préciser son sexe pour manifester sa révolte devant la maltraitance, les inégalités sociales, les atteintes à l'intégrité physique pratiquées sur des enfants, des adolescent(e)s ou des femmes. Ce n'est donc pas en tant que femme mais en tant qu'individu faisant partie de l'humanité que je ne peux pas me détourner du sort d'un homme menacé de la prison à vie, ou de la peine de mort, sur la base de soupçons d'abus sexuels mineurs.
A ce jour, les délinquants sexuels sont mieux traités que Julian Assange. Phrase taquine pour rappeler que la peine de mort n'a plus cours en Europe et envoyer un homme vers un pays où il risque sa vie, revient à accepter que s'abatte le couperet, pourvu qu'il le fasse à 7630 km de là.
Jonathan Cook rappelle dans un texte traduit ici :
"Si Assange ne nous avait pas fourni une révolution de l'information qui sape la matrice narrative créée pour servir l'État sécuritaire américain, deux Suédoises - mécontentes du comportement sexuel d'Assange - auraient obtenu exactement ce qu'elles demandaient dans leurs déclarations : la pression des autorités suédoises pour le soumettre au test VIH afin de les rassurer."
[...] Les médias suédois ont violé les lois suédoises strictes qui protègent les suspects pendant les enquêtes préliminaires en qualifiant Assange de violeur. En réponse, le procureur général de Stockholm, Eva Finne, a pris en charge l'enquête et l'a rapidement annulée : "Je ne crois pas qu'il y ait de raison de suspecter qu'il a commis un viol." Elle a conclu plus tard : "Il n'y a aucun soupçon de crime." 

The New York Times 
L'audience d'extradition de Julian Assange aux États-Unis est prévue pour février
Megan Specia, le 14 juin 2019
LONDRES - Un tribunal britannique a fixé ce vendredi la date de l'audience d'extradition complète pour déterminer si Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, devrait être envoyé aux États-Unis pour faire face à une série d'accusations, dont plusieurs en vertu de la loi sur l'espionnage a février 2020.
Assange, 47 ans, a comparu par vidéo depuis la prison de Belmarsh, dans la banlieue de Londres, pour sa première audience depuis que les États-Unis ont officiellement demandé son extradition. Il n’avait pu assisté à l’audience précédente car, selon son avocat, son état de santé ne lui permettait pas de comparaître. Certains experts, dont un fonctionnaire de l'ONU, ont déclaré qu’il montrait des signes de détérioration de son état physique et mental.
L'audience de M. Assange a eu lieu quelques jours après que le ministre britannique de l'Intérieur, Sajid Javid, ait signé la demande d'extradition des États-Unis et exprimé son soutien à la détention de M. Assange.
"Il est derrière les barreaux à juste titre ", a déclaré M. Javid à Radio 4 de la BBC.
Des manifestants brandissant des pancartes devant le tribunal de première instance de Westminster à Londres sur lesquelles on pouvait lire "Avec Julian Assange !", ont dénoncé vendredi la décision de M. Javid et exigé la libération de M. Assange. Si le tribunal se prononce en faveur des États-Unis, la procédure d'extradition devrait être longue et compliquée.
Mais en mai, les procureurs ont ajouté 17 nouvelles accusations à la liste, notamment en matière de violation de la loi sur l'espionnage, ce qui a soulevé de profondes questions relatives au premier amendement. La plupart des nouvelles accusations portaient sur l’obtention des archives de documents secrets plutôt que sur leur publication, ont déclaré des responsables du ministère de la Justice. Mais certains craignent que cela ne crée un précédent pour criminaliser les futurs actes de journalisme à sécurité nationale.
Les accusations découlent de la participation présumée de M. Assange à une fuite en 2010 de centaines de milliers de documents classifiés, la plupart liés aux guerres en Irak et en Afghanistan, qui se sont révélées dommageables et embarrassantes pour les États-Unis et leurs alliés.
Lors d'une brève comparution devant le tribunal vendredi, M. Assange, portant des lunettes et un t-shirt gris, a nié avoir déchiffré un mot de passe du réseau Pentagone tandis que les procureurs lisaient les accusations portées contre lui, selon Reuters.
"Il est important que les gens ne soient pas dupes quant au fait que WikiLeaks est un éditeur et pas autre chose", a déclaré M. Assange à la cour. "Le gouvernement américain a essayé d'induire la presse en erreur."
Assange purge une peine de 50 semaines pour être passé outre une mise en liberté une caution en Grande-Bretagne et fait toujours appel de cette sentence. Il a été renvoyé de l'ambassade équatorienne à Londres en avril et arrêté sans délai, sept ans après s'y être réfugié pour éviter l'extradition dans le cadre d'une enquête suédoise sur des allégations faites en 2010 par une femme qui a déclaré que M. Assange l'avait agressée sexuellement.
Le mois dernier, la Suède a annoncé qu'elle rouvrirait l'enquête sur les allégations de viol. Un tribunal suédois a décidé que M. Assange ne devait pas être extradé vers la Suède mais qu’il pourrait être interrogé dans cette affaire depuis la Grande-Bretagne.
Cette décision élimine la possibilité que les États-Unis et la Suède présentent conjointement des demandes d'extradition, du moins pour l'instant.
Vendredi, hors de la salle d'audience, Jennifer Robinson, avocate de M. Assange, a déclaré que son client était détenu dans le service de soins de santé de l'hôpital et qu'il " continuait de subir les effets néfastes pour santé " de son séjour prolongé à l'ambassade équatorienne, et aujourd’hui de son emprisonnement.
"Il subit une énorme pression et nous sommes très inquiets pour lui, a-t-elle dit aux journalistes.
Le mois dernier, un expert des Nations Unies sur la torture a déclaré qu'un examen de M. Assange avait révélé une détérioration alarmante de son état mental et physique et qu'il souffrait de torture psychologique à la suite des affaires portées par la Grande-Bretagne, la Suède et les États-Unis.
Le rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture et les mauvais traitements, Nils Melzer, a déclaré dans une interview que M. Assange était "extrêmement nerveux et stressé".*
Traduction : Céline Wagner
Source ici
Capture d'écran
"Le tribunal de district d'Uppsala, en Suède, a statué en faveur d'Assange : le tribunal a décidé de ne pas détenir Assange par contumace.
L'enquête préliminaire peut se poursuivre sans l'extradition d'Assange vers la Suède. Cela a toujours été le cas, car Assange a toujours coopéré à l'enquête." - Hanna Jonasson, rédactrice en chef de justice4assange.com 
"Il était évident que la santé de M. Assange a été gravement affectée par l'environnement extrêmement hostile et arbitraire auquel il a été exposé pendant de nombreuses années ", a déclaré l'expert. "Plus important encore, en plus des affections physiques, M. Assange présentait tous les symptômes typiques d'une exposition prolongée à la torture psychologique, y compris le stress extrême, l'anxiété chronique et le traumatisme psychologique intense [...] Nils Melzer, rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture.
Rapport complet ici

Voir également blog Mediapart : https://blogs.mediapart.fr/celine-wagner/blog

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